MUL 1121

Histoire de la musique populaire anglophone

Projet individuel, automne 2005

Professeur : Philip Tagg

Faculté de musique, Université de Montréal

Gorillaz

par

Juliette Guay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Date de remise : 15 décembre 2005


TABLE DES MATIERES

 

TABLE DES MATIÈRES………………………………………………………………...2

INTRODUCTION………………………………………………………………………...3

LES PRÉCÉDENTS………………………………………………………………………3

BIOGRAPHIE DE GORILLAZ…………………………………………………………..5

DAMON ALBARN ET JAMIE HEWLETT……………………………………………..6

LES SPÉCIFICITÉS DE GORILLAZ…………………………………………………….8

LA STRATÉGIE DU BOUCHE-À-OREILLES………………………………………...11

CONCLUSION…………………………………………………………………………..13

APPENDICES…………………………………………………………………………...15

BIBLIOGRAPHIE……………………………………………………………………….18
Introduction :

            Gorillaz a reçu le record Guinness du groupe virtuel ayant eu le plus de succès avec 6 millions d’albums vendus seulement avec son premier disque éponyme ainsi que plusieurs apparitions dans les palmarès[1]. Un groupe virtuel est un groupe apparaissant à son public sous la forme de dessins animés. Ce concept est aussi utilisé pour définir un groupe de musiciens qui collaborent par connexion bande large à l’aide de station de travail audio-numérique pour faire de la musique dans un but non commercial. Dans ce travail, c’est bien évidemment la première définition qui nous intéresse[2]. S’il faut vraiment encadrer le groupe dans un style particulier, nous dirons qu’il s’agit principalement de hip-hop avec certains emprunts à d’autres styles, bien que Gorillaz se définissent eux-même comme du « zombie hip-hop », mais cette dernière catégorie n’existe malheureusement pas encore dans le langage des musicologues en général. Gorillaz est donc un groupe virtuel hip-hop qui, malgré leur nature fictive, tente de participer aux plus grand nombre d’activités qui sont généralement le lot des groupes réels : le groupe a pas conséquent fait une tournée mondiale, sorti des albums et des singles ainsi qu’un dvd, accordé des entrevues radiophoniques et écrites, a également fait des discours lors de réception de trophées durant des galas, a parlé avec leur fans sur leur site web, etc. Nous verrons ici rapidement les origines des groupes virtuels et l’histoire de Gorillaz. Mais l’objectif principal de ce travail est de premièrement comprendre quelles sont les motivations intrinsèques qui ont engendrées la création de Gorillaz et en second lieu, connaître en quoi Gorillaz diffèrent de leurs prédécesseurs.

Les précédents : Alvin et les chipmonks, les Archies, etc.

            Plusieurs groupes virtuels ont précédé Gorillaz. Dans les années 1950, Alvin et les chipmonks, créé par David Seville, ont un grand succès. Bien qu’on les considère aujourd’hui comme en premier lieu des dessins animés plutôt que des chanteurs, les dessins animés sont en fait apparus après les disques, comme une forme de réutilisation du groupe et du concept général. Leur chanson « Christmas Don’t Be Late » vendit 4 millions de copies en 7 semaines en 1958. C’est uniquement en 1961 que le dessin animé des Chipmunks sous le nom de The Alvin Show apparaîtra pour la première fois à la télévision. Ce dernier se perpétuera sous diverses formes jusqu’en 2000.

Par la suite, les Archies sont apparus dans les années 60 et furent le premier groupe virtuel à apparaître dans les palmares avec leur chanson « Sugar, Sugar » en 1969. La popularité du groupe a ouvert la porte à d’autres groupes du même type comme Josie and the Pussycats, les Banana Splits et Dr. Teeth and the Electric Mayhem[3].

Plus récemment les musiciens et marionnettistes que sont Quintron et Miss Pussycat ont également utilisé cette formule lors de leurs prestations, bien que contrairement aux autres groupes virtuels, ils ne soient pas complètement occultés par leurs marionnettes. Par contre, ils cherchent volontairement à mystifier leur public en se confortant dans des faits à la véracité douteuse et ce faisant, brouillent volontairement leur propre identité :

« According to an interview in Offbeat magazine, Quintron is a former elementary-school science teacher and onetime drummer for the Chicago band Math. He also works as an electrician in New Orleans under the name Mighty Mouse Electric Service. Miss Pussycat is the founder of the puppet rock band Flossie and the Unicorns. She started working as a ventriloquist in Bible school. The two are married. And all of that information is probably a lie »[4].

Mis à part ce dernier cas, tous ces groupes ont une chose en commun : ils font partie d’un plus grand ensemble. Ainsi, leur promotion se fait également à travers une émission de télévision, un film ou une bande dessinée. La sortie des disques de ces groupes sert à augmenter l’intérêt du public pour les émissions auxquels ils sont reliés, ou vice-versa, mais quelque soit l’objectif original de la création du groupe, on retient généralement d’eux leurs aspects visuels plus que leur chansons. C’est en fait un système de publicisation qui réussi effectivement très bien son travail, puisque plusieurs chansons de ces groupes virtuels se sont retrouvées dans les palmarès. La création de ces groupes virtuels est généralement le fruit de grosses compagnies dont les moyens financiers et technologiques leur permettent de développer à la fois les disques, les émissions, les films et autres médias.

 

Biographie : Murdoc, 2D, Russel et Noodle

            Gorillaz est composé de 4 membres[5]. Murdoc Niccals, le bassiste sataniste et également le compositeur et leader du groupe, est aussi celui qui recruté les 3 autres musiciens. Son but principal est de créer un groupe qui sera à la tête des palmarès, d’atteindre finalement la gloire et la popularité. Murdoc désirant s’acheter un synthétiseur, se rend donc au Uncle Norm’s Organ Emporium mais défenestre malencontreusement sa voiture dans la vitrine du-dit magasin, et termine sa course sur Stu-Pot, le légèrement attardé mais néanmoins vendeur-vedette du magasin, blessant de façon permanente l’œil gauche de ce dernier et le plongeant également dans un état catatonique. Peu de temps après, Murdoc est de nouveau impliqué dans un accident, cette fois-ci dans un stationnement, accident au cours duquel il blesse de façon permanente l’œil droit de Stu-pot, mais réveille également ce dernier de son profond coma. Murdoc recrute donc le toujours attardé mais néanmoins réhabilité Stu-pot comme claviériste et chanteur de son groupe. Il renomme ce dernier 2-D, en référence aux deux incisives (2-dents) qui lui font désormais défaut à la suite des sus-nommés accidents.

            Murdoc trouve par la suite un batteur en la personne de Russel Hobbs, un afro-américain de New-York expatrié en Angleterre. Russel, après avoir été renvoyé d’une école privée pour cause de possession satanique, entre à Brooklyn High, où il rencontre des groupes de rappeurs, DJs et musiciens de rue. À la suite d’un « drive-by shooting », où ces derniers sont assassinés, ceux-ci (entre autre le rappeur Del qui apparaît quelque fois dans les chansons du groupe), prennent possession du corps de Russel, et font de lui un expert de la percussion et du hip-hop. Après ces événements, la famille de Russel décide de l’envoyer en Angleterre, afin de lui faire prendre du repos, mais il y rencontre Murdoc qui le recrutera pour son groupe. Del, quand à lui, ne sera exorcisé qu’en 2003.

            Il ne manque plus qu’un guitariste pour compléter la bande. Le groupe fait paraître une annonce dans le NME et dès le lendemain, une boîte de FedEx est livrée à leur adresse. De cette boîte sort une japonaise de 10 ans et sa guitare. Cette dernière débute immédiatement un impressionnant riff et termine sur un puissant coup de pied de karaté. Elle exprime ensuite un seul mot en anglais, qui deviendra son surnom :  « Noodle ». Noodle est en fait le mélange improbable entre Hello Kitty et Jimi Hendrix.

            Finalement, durant l’hiver 1999, Murdoc fait l’acquisition des studios Kong, situés près d’un cimetière sur une montagne de l’Essex, bien que la situation géographique de l’Essex fasse en sorte qu’il n’y ait aucune montagne dans cette région[6]. De toute cette histoire, le fait principal à retenir est que les motivations données aux personnages qui composent Gorillaz sont essentiellement monétaires et à la limite du narcissisme dans le cas de Murdoc. Ceux-ci désirent avant tout devenir célèbres et avoir du succès. Il s’agit de leur première et de leur plus grande motivation.

Damon Albarn et Jamie Hewlett

Les deux seuls membres permanents derrière Gorillaz sont Damon Albarn, leader du groupe Blur, et Jamie Hewlett, créateur de la bande-dessinée culte Tank Girl. L’idée derrière la création du groupe était de pousser à l’extrême la notion du groupe ou de l’interprète fabriqué par l’industrie : « Albarn : We're the generation whose stars come from Pop Idol and celebrity-wrestling shows. And it's all a bit like a cartoon, really »[7]. Leur collaboration débute en avril 1998, avec le premier enregistrement « Ghost Train ». Le premier single « Tomorrow Comes Today » en 2000 généra un  certain intérêt dans le monde de la musique britannique, intérêt que l’on peut probablement imputer en partie au mystère planant sur l’identité réelle de Gorillaz. Par la suite, un pamphlet est diffusé afin de promouvoir l’histoire fictive du groupe et des quatres personnages. Par ailleurs le site internet de Gorillaz[8] est déjà sur pied et possède en gros la même forme qu’aujourd’hui (nous en discuterons plus loin). Lors des Brits Awards en 2000, le groupe se présente pour recevoir un trophée sur la scène par l’entremise de cinq écrans plats sur lesquels ils apparaissent. C’est à partir de mars 2001, avec l’album Gorillaz[9] et plus particulièrement la chanson « Clint Eastwood », que le groupe commence réellement à se faire connaître. Quatre vidéoclips produits par Jamie Hewlett et sa compagnie Zombie Flesh Eaters attire également l’attention avec le style humoristique et les références aux films d’horreur qui les caractérisent. En 2002, après une série de singles, c’est la sortie d’un DVD : « phase one : celebrity takedown » contient entre autre chose les videoclips, des courts-métrages ainsi qu’une parodie de documentaire sur les origines du groupe[10]. Au alentour de cette année, Damon Albarn exprime l’intention de créer un film pour le prochain projet entourant Gorillaz mais l’idée finit par être abandonnée. Durant la tournée pour ce premier album, le groupe jouait derrière un écran sur lequel était projeté les animations préparées évidemment d’avance.

En 2004, Gorillaz annonce l’arrivée d’un nouvel album qui s’intitulera « Demon Days ». Un deuxième pamphlet fait son apparition, racontant de nouveau la biographie de Gorillaz, en ajoutant cette fois-ci des détails sur leurs déboires à Hollywood et la faillite de leur projet de film, ainsi que la séparation momentanée du groupe. Demon Days[11], le deuxième album studio de Gorillaz, est sorti en mai 2005. L’album est accompagné d’une bande narrative sous la forme d’un conte de fées anti-corporatif raconté par Dennis Hopper. Une tournée sur les radios s’en est suivi, à l’aide de pré-enregistrements des chansons accompagnées de commentaires des membres du groupe. Les personnages sont personnifiés par quatre comédiens (Phil Cornwell pour Murdoc, Haruka Kuroda pour Noodle, Remi Kabaka pour Russel ainsi que Nelson de Freitas pour 2-D)[12]. Récemment, le groupe a fait une performance sur la scène du MTV European Music Award[13] sous la forme d’hologrammes en trois dimensions à l’aide de la technologie Pepper’s Ghost[14]. C’est cette technologie, qui donne des projections 3D d’un réalisme particulièrement saisissant, que l’on prévoit utiliser pour la prochaine tournée en 2007-2008[15].

Damon Albarn est la voix de 2-D lorsque ce dernier chante, sans toutefois en être l’incarnation. Les voix des autres membres du groupe ont été faites par plusieurs chanteurs différents, ce qui fait que la personnalité de Damon Albarn est souvent associé au personnage de 2-D bien qu’il n’y ait aucun rapport de correspondance entre les deux.

Jamie Hewlett a quand à lui construit la partie graphique du projet Gorillaz. C’est lui qui a la charge de la direction artistique du point de vue graphique avec sa compagnie Zombie Flesh Eaters. Avec ce nom, il ne faut pas s’étonner que de nombreuses références aux films d’horreur soit présentes dans l’espace graphique qu’occupe Gorillaz :

 « HEWLETT : […] the whole zombie thing is an obsession of mine. I love zombie films. Once, I looked out the window where I work and realized that everybody was walking around in circles with their mobile phones attached to their heads - it reminded me of that scene from Dawn of the Dead in the car lot. That was a big inspiration »[16]. Hewlett a également, contrairement aux autres groupes virtuels, fait évoluer les personnages graphiquement étant donné que ceux-ci vieillissent : « The idea was to break some of the rules of animation. You know, cartoon characters aren't really supposed to change over time »[17].

Les autres artistes associés au projet sont nombreux [18]: Del tha Funkee Homosapien, Danger Mouse, Kid Koala, De la Soul, Spacemonkeyz, Roots Manuva, Ibrahim Ferrer pour n’en nommer que quelques uns. La plupart de ces coopérations ne se font pas sur une base régulière mais rarement les chansons sont faites uniquement et intégralement par Damon Albarn. Gorillaz prend principalement la forme d’un collectif en mouvance constante. La raison en est que Gorillaz permet à Albarn de mélanger et d’amener dans le mainstream des styles, des interprètes et des groupes qui ne s’y trouveraient pas nécessairement par eux-mêmes.

Les spécificités de Gorillaz : la fin et les moyens

Il existe deux différences principales entre Gorillaz et les groupes virtuels l’ayant précédé. Premièrement, un changement fondamental dans les objectifs visés par la démarche. En second lieu, il existe avec Gorillaz une possibilité d’interaction entre son public et les concepteurs qui est exacerbée, du fait de la multiplicité de formes que prend le groupe et des moyens utilisés pour diffuser sa musique.

Deux objectifs principaux dans la création de Gorillaz sont présentés par Hewlett et Albarn. Premièrement, les possibilités offertes en ayant recours à un groupe virtuel sont beaucoup plus grandes pour les créateurs. En second lieu,  pour des artistes connus comme Albarn et Hewlett, la construction d’une nouvelle identité qui leur est substituée représente un grand avantage.

Dans une entrevue pour le NME, Damon Albarn s’exprime sur les nouvelles possibilités qui sont offertes par Gorillaz:

« But because there isn’t a human face to it, [...] it’s the abstraction which I think is groundbreaking. Hopefully we’ll inspire people to have no boundaries. It’s liberating. The whole idea of them being animated is that they can go anywhere. The only thing it’s limited by is out imagination[19]».

Cet objectif proprement créateur est intimement lié avec le besoin d’anonymat, ou du moins de « non célébrité » de deux artistes extrêmement connus du public :

« Jamie [Hewlett]: "L'idée qui sous-tend Gorillaz, c'est qu'il n'y a pas de place pour les stars ni pour flatter son amour-propre... Je crois que le fait de faire quelque chose et de ne pas s'en attribuer le mérite, c'est très bon pour la tête... Il y a une sorte de piège inévitable lorsqu'on reçoit beaucoup d'éloges et qu'on devient célèbre parce que, au bout du compte, c'est trop et tu finis par tout foutre en l'air. Ce qui est bien dans Gorillaz, c'est que personne n'en tire de gloire si ce n'est les quatre personnages. Alors on peut avancer sans être gêné dans notre créativité." [20]».

En utilisant un groupe virtuel, Damon Albarn et Jamie Hewlett court-circuitent le cirque médiatique dont normalement ils auraient été l’objet puisqu’ils mettent ce fardeau sur les épaules de quatre personnages de dessin animé qui n’en demande pas mieux :

« HEWLETT: […] If you're going to pretend to be somebody you're not - which is the whole point of being a rock star - then why not just invent fake characters and have them do it all for you?[21] ».

Hewlett et Albarn ont vécu la célébrité et pour eux, Gorillaz est passé d’un projet relativement peu ambitieux à une soupape de pression pour ses créateurs, une façon de se décharger des responsabilités publicitaires qui ne devraient finalement pas incomber aux artistes en premier lieu. Il peut devenir extrêmement difficile de se concentrer sur son travail de musicien ou de dessinateur lorsque le public accorde une importance prioritaire aux personnalités qu’on leur accole plutôt qu’à leur travail :

« Albarn's solo career is determinedly faceless. “What I lost,” he says, “was my normality” - and in an attempt to regain his normality, he has run away from his looks.[...] “celebrity has become an industry in itself. A celebrity is just a money-making vehicle now. It's not something that you become, because of your work, it's actually a legitimate job in itself.” [22] ».

Il est à noter que cette motivation se trouve carrément en contradiction complète par rapport aux motivations prêtées aux personnages qui composent Gorillaz.

Les artistes associés à Gorillaz accepte que leur travail de musicien soit masqué par les personnages. Ainsi, sur le DVD de Phase One : Celebrity Takedown, les crédits se retrouve sur une section cachée du disque atteignable uniquement en écoutant le DVD du début à la fin dans un ordre particulier. De plus, lors des prestations live, la plupart des musiciens sont cachés au public, en général derrière des écrans qui permettent de ne montrer que leurs silhouettes :

«You'll never see who the musicians are because it doesn't matter," says Albarn. "It's funny. There's no actual proof that I'm on the record at all. People just assume it's my voice. And you assume that you are talking to me. But it always strikes me that using the telephone or the Internet is a similar kind of mind-fuck as driving down a road and assuming that no one is going to crash into you.[23] »

La deuxième différenciation que l’on peut faire entre Gorillaz et les anciens groupes virtuels, c’est l’interactivité qui existe entre les membres de orillaz et leur public. Le meilleur exemple de cette interactivité se trouve en explorant le site internet de Gorillaz[24]. Ce site est un devenu incontournable du web. C’est fort probablement un des sites le mieux réussi et le plus convivial en ce moment sur la toile. Le site est conçu sous la forme des studios Kong où chacun des membres de Gorillaz habitent. On y retrouve également les studios d’enregistrement ainsi qu’un cinéma permettant de visionner quelques court-métrages et une partie des vidéo-clips du groupe ainsi que d’écouter leurs disques. Deux à trois fois par semaine, les membres du groupe viennent discuter avec leur fans. Le site permet également de mixer des échantillons sonores que l’on trouve dans les chambres des musiciens de Gorillaz. Il existe également la possibilité de naviguer sur les ordinateurs des membres du groupe, de lire des livres, d’avoir accès à d’autres sites internet sur des sujets variés allant de causes humanitaires à  des compagnies de graphisme ou des musiciens. Il s’agit aussi d’une plate-forme pour les musiciens et dessinateurs à qui l’on offre la possibilité de diffuser leur travail : récemment, le concours search for a star, « organisé » par Noodle, était tenu afin de choisir un musicien, un dessinateur et un animateur qui gagnerait la chance de pouvoir participer au single B side de Gorillaz : « We are hoping that this will throw up some truly creative fresh talents, and provide an open forum for people who would normally have no outlet to display their work[25]». Les possibilités qu’offrent le site internet permettent à Gorillaz de communiquer réellement avec son public et le différencie des autres groupes virtuels:

« the added level of interactivity that Net now offers means Gorillaz can go places no cartoon pop group has ever gone with its audience before.[...][Damon Albarn:] “On the site you can pick out records that are in the band members' collections so it is almost like a library. There's also a lot of books they can go to. It's how I think a Net site should be used. Something which is like a wonderful pool of new knowledge”»[26].

La stratégie du bouche-à-oreilles :

Un mot sur le marketing du groupe. Les techniques de marketing se sont beaucoup raffinées depuis 10 ans, en partie grâce à internet. On ne peut plus offrir un seul modèle de l’objet qu’on vend pour toute la population. On a donc vu apparaître des possibilités de personnaliser le produit : par exemple, les ipods, les téléphones cellulaires et la nouvelle console de xbox 360 sont personnalisables, à l’aide de toutes sortes de pochettes, de add-on. On se centre également de plus en plus sur la publicité par bouche-à-oreilles, et l’internet est le medium parfait pour cela. Qui n’a jamais tapé une adresse internet pour avoir accès à la signification volontairement sybilline d’une affiche publicitaire ou d’une annonce télévisuelle, comme l’on fait Coke, Toyota ou Virgin. Cette stratégie est au centre de la popularité du groupe Gorillaz : premièrement, Gorillaz offre à ses fans des personnages extrêmement stéréotypés, qui n’aurait pas pu voir le jour sous une forme réelle ou du moins, n’aurait pas été aussi bien accepté par le public s’il s’était s’agit de véritables personnes. Ceci permet l’identification de son public par le biais de leur personnage favori, de celui auquel il s’identifie le mieux.  Un exemple cette identification est une collaboration avec les téléphones cellulaires. Au printemps 2002, la compagnie EMI offrait la possibilité aux amateurs de Gorillaz de recevoir des messages textes d’un des membres du groupe (leur membre préféré) sur leur téléphone cellulaire. De plus, les individus qui partageaient le numéro de cellulaire d’un de leur ami se voyaient offrir des affiches, autocollants et un cd-rom de Gorillaz :

« These phone numbers are, of course, a potential gold mine for EMI, as they'll allow the company to communicate with music fans at will. EMI chose Gorillaz because its fan base is young, hip, and devoted. As the company's managing director observed, "For a very cool band like Gorillaz, the last thing you want to do is go mainstream." That explains why the text messages used in the promotion were distinctly anticorporate: A typical one read, "Greedy record company wants me 2 tell U 2 buy Gorillaz album. Record people suck. Buy or don't buy, up to you." »[27].

Ainsi, l’individu se soumet-il de lui-même à la publicité, par un acte conscient, et se donne en plus l’effort de la diffuser, mais également, et ce malgré la contradiction évidente, cette publicité exprime le refus même de la propagande et du merchandising. Un autre exemple de ce type de publicité se voit plus récemment : le 31 mars 2005, EMI  annonçait une baisse des profits de 13% et mettait en cause le retard de la sortie des disques de Coldplay et de Gorillaz, suggérant que le public attendait la sortie de ces deux albums pour acheter des disques, et se proposait même d’appliquer une amende à ces deux groupes. Damon Albarn a souligné lors d’une entrevue que leur disque n’était pas sorti en retard, suggérant qu’il s’agissait probablement d’un coup de publicité de Sony. Il faut ajouter que cela a fort probablement également servi à rassurer les actionnaires. Cette façon de procéder est caractéristique d’un groupe comme Gorillaz, auquel il ferait du tort de procéder d’une manière trop classique puisque le groupe est de par sa nature intrinsèque, à l’avant-garde et dénonce également la commercialisation de la musique et le corporatisme en général. Par ailleurs, le médium de l’internet, auquel Gorillaz fait fréquemment appel, est un foyer propice aux identités délibérément erronées, ce qui rend le concept de Gorillaz parfaitement intelligible à son public.

Conclusion :

            L’idée de Gorillaz est apparue à Damon Albarn et Jamie Hewlett en regardant MTV, poste de télévision où foisonnent les groupes et les musiciens dont l’identité est partiellement construite par le système corporatif sur lequel est fondé l’industrie de la musique. Ainsi, les deux artistes ont cherché à pousser à son maximum le concept de boys ou de girls bands. Le succès du groupe, particulièrement auprès des jeunes, représente une possibilité pour Albarn de faire connaître des musiciens qui ne font pas partie du mainstream, de par l’aspect collectif de Gorillaz. Cet aspect collectif du groupe ne peut s’exprimer aussi facilement que parce que les membres réels du groupe sont inconnus de la plupart  de son public et qu’on ne leur demande pas de se faire connaître de toute façon. En ce sens, Gorillaz est le mariage réussi entre une musique dite indépendante, moins commerciale, et un succès grand public sous les étendards de la grande compagnie qu’est Sony ; il ne nous reste qu’à espérer qu’il n’y ait pas cause à divorce dans le futur.


APPENDICE I

[28]

Les quatres membres de Gorillaz : Russel, Murdoc, Noodle et 2-D.


APPENDICE II

Technique d’illusion de John Henry Pepper[29]

Le public voit un fantôme flotter près de la table à travers le carré rouge. L’illusion est créée par une grande pièce de verre ou un miroir à  moitié poli (en vert)  entre la scène et le public. Le miroir reflète l’image d’une pièce cachée au public (à gauche).

Lorsque la pièce cachée au public est sombre, elle ne se reflète pas dans le miroir. La chambre vide (en haut) est éclairée très fortement, la rendant visible au public.

Les lumières dans la chambre cachée sont allumées graduellement alors que celle de la chambre de droite sont baissées graduellement afin de compenser : le fantôme semble apparaître de nulle part.


BIBLIOGRAPHIE

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Documents audio-visuels :

GORILLAZ et al. « Gorillaz ». Dan “The automator” Nakamura (prod.), CD, Virgin records ltd., 2001.

GORILLAZ et al. «Demon days». Danger Mouse (prod.), CD, Virgin records ltd., 2005.

HEWLETT, Jamie et al. « Phase one : celebrity takedown ». DVD, Virgin records ltd., 2002. 174 min.



[1] Guinness book of world records, New York, Sterling, 2005[1970].

[2] «Virtual band». <http://en.wikipedia.org/wiki/Virtual_band>. 9 décembre 2005. consulté en décembre 2005.

[3] Ibid.

[4] Maerz, Melissa. « Puppet regime. You won’t believe what Quintron and Miss Pussycat can do with a marionette». City pages, vol.23 no.1124 (19 juin 2002).

[5] Consulter l’annexe I.

[6] Matt et Tim Watkins. <www.gorillaz.com>. consulté en novembre 2005, ainsi que <http://en.wikipedia.org/wiki/Gorillaz>. Consulté en décembre 2005.

[7] Gaiman, Neil. «Keeping it (un)real». Wired, vol. 13 no. 7 (juillet 2005), P. 1. disponible sur <http://www.wired.com/wired/archive/13.07/gorillaz.html> . Consulté en décembre 2005

[9] Gorillaz. « Gorillaz ». Dan “the automator” Nakamura (prod.), Virgin records ltd., 2001.

[10] Browne, Cass et Matt Wakeham « Charts of Darkness », paru à la télévision britannique en 2001. Un journaliste cherche à y retracer Albarn et Hewlett, qui seraient tout les deux enfermés dans un asile parce qu’ils croient en l’existence réelle des membres de Gorillaz.

[11] Gorillaz. «Demon days». Danger Mouse (prod.), Virgin records ltd., 2005.

[12] 2-J. «The “real” people behind the Gorillaz project». <http://www.gorillaz-unofficial.com/biography/realpeople.htm>. Consulté en décembre 2005.

[13] Le vidéo de cette performance est inclus sur le cd qui accompagne ce travail.

[14] Consulter l’annexe II.

[15] Inconnu. «Gorillaz». <http://en.wikipedia.org/wiki/Gorillaz>. Consulté en décembre 2005

[16] Gaiman, Neil. Op. Cit. P. 2

[17] Ibid. P. 1

[18] 2-J. «The “real” people behind the Gorillaz project». Op. Cit.

[19] Beaumont, Marc. «Animation terrorist», NME, 17 mars 2001.

[20] Laloux, Maryse. « Gorillaz. Le groupe Gorillaz, avec ses 4 personnages de b.d. – Murdoc, 2-D, noodle et Russel - fait l’événement ». < http://www.presto.presse.fr/concert.gorillaz.html >. Octobre 2002. Consulté en décembre 2005.

[21] Gaiman, Neil. Op. Cit. P.1

[22] Jones, Lewis. « All a bit of a blur ». The sunday telegraph, 19 juin 2001.

[23] Kleinsak, Michelle. «Blur’s Damon Albarn and the creator of Tank Girl unite to form Gorillaz, one of post-modern pop’s strangest experiment». www.cdnow.com, 10 mars 2003. Disponible sur <www.blurtalk.com >. Consulté en novembre 2005.

[24] Mat et Tim Watkins. Op. Cit.

[25] Watkins, Matt et Tim. « Search for a star ». <http://www.gorillaz.com/S4AS/details.php>. Consulté en décembre 2005.

[26] «Zombie Hip hop and Blur’s future». Sydney morning herald, 19 juin 2001. Disponible sur KAY, Will. <http://www.blurtalk.com>. Consulté en novembre 2005

[27] Solomon, Michael R. Conquering consumerspace. Marketing strategies for a branded world.Amacom, New-York, 2003. Pp.80-81

[29] Inconnu. «Pepper’s ghost» . <http://en.wikipedia.org/wiki/Pepper's_ghost>. Consulté en décembre 2005.