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Philip Tagg 2010-08-18

2 languages, 3 questions, 12 answers     •     2 langues, 3 questions, 12 réponses
Question 1   • Question 2   • Question 3
« Plusieurs tudes linguistiques montrent que lducation bilingue est un puissant facteur de stimulation intellectuelle. Les bilingues ont un avantage socioculturel et comportemental important : la double approche linguistique leur permet davoir une ouverture desprit plus large vers dautres cultures et dautres modes de pense. Il ne faut pas perdre de vue que environ 80% des habitants du monde sont au moins bilingues, sinon multilingues. » (L’association des Parents pour l’Éducation par le moyen du Gallois (Rhieni dros addysg Cymraeg - en français + lecture essentielle pour les francophones anglophobes).
1

Given that I teach at a French-language university, why are so many texts on this site in English?

Étant donné que je travaille à une université francophone, pourquoi y a-t-il autant de textes en anglais sur ce site?
My mother tongue is English. I was educated in a nation state whose official language is English: hence, I write more easily in English. L’anglais est ma langue maternelle. J’ai fait mes études dans un pays dont l’anglais est la langue officielle ; d’où le fait que j’écris plus facilement en anglais.
I taught full-time in Swedish for 21 years. During much of that time and during my 11 years of full-time teaching in the UK, I wrote mainly in English. Since those texts are apparently useful to others, I have kept them on this website. I have not the time to translate most of that work into French and I cannot afford to pay a professional to do so on my behalf. Pendant la plupart des 21 ans que j’enseignais en suédois, ainsi que pendant mes 11 années d’enseignement à plein temps en Angleterre, je produisais des textes, principalement en anglais. Puisque ces textes semblent être utiles à d’autres personnes, je les ai gardés sur ce site. Je n’ai eu, malhereusement, ni le temps de les traduire, ni les moyens de les faire traduire de manière professionnelle.
Most people who visit this site understand English. Only a minority of visitors are able to read French without difficulty. Most members of this Francophone minority can read English. La plupart des visiteurs à ce site comprennent l’anglais. Seulement une minorité de ces personnes lisent sans difficulté le français. De cette minorité francophone, la plupart des visiteurs comprennent bien l’anglais.

There are 350 million home speakers of English worldwide and 2 billion living in nations with English as an official language. The figures for French are 125 million (36%) and 400 million (20%) respectively. Differences are even greater when it comes to English and French as second language in nations whose official languages include neither English nor French.

In other words, the role of English today is similar to that of Latin in medieval Europe. To be understood by as many people as possible, you have to write in English. Therefore, since most of what appears on this site is of potential interest to many more people than are able to read French, most texts are in English.

Sur le plan mondial, l’anglais est la langue maternelle de 350 millions personnes et une langue officielle nationale de 2 milliards. Les chiffres équivalentes pour le français sont 125 millions (36%) et 400 millions (20%). Les différences sont encore plus grandes en ce qui concerne l’utilisation de l’anglais et du français comme langue secondaire dans les pays dont ni l’un ni l’autre n'est une langue officielle.

En d’autres termes, l’anglais joue aujourd’hui un rôle similaire à celui du latin en Europe au Moyen Âge. Si on veut se faire comprendre par le plus grand nombre de personnes, il faut écrire en anglais. Puisque la plupart de mes textes peuvent intéresser à beaucoup plus de gens que seulement ceux qui lisent sans difficulté le français, la plupart de mes textes sont en anglais.

Top/Tête 2

S’il faut écrire en anglais pour se faire comprendre par le plus grand nombre de personnes, et si la plupart des francophones qui visite ce site comprennent l’anglais, pourquoi contient-il autant de textes en français?

If writing in English means being understood by many more people, and if most of the French speakers who visit this site also understand English, why does it contain so many texts in French?

La plupart de mes étudiants sont des québécois. Leur langue maternelle, et la langue officielle du Québec, c’est le français. Les québécois ont mené une lutte ardueuse afin d’établir la langue de la majorité locale, le français, comme langue officielle. Ce site ne doit pas seulement reconnaître ces faits de l’histoire mais aussi contribuer au développement de connaissances en français. Bref, c’est une université francophone qui me paie, même si je suis anglophone, pour enseigner en français à des étudiants qui sont principalement des francophones. Cela veut dire produire des textes en français.

Most of my students are Québécois. Their mother tongue and the official language of Québec is French. The Québécois had to carry out a long and hard political struggle for the language of the local majority, French, to become the official language. This site should not only recognise such historical processes but also contribute to the production of knowledge in French. After all, even though my mother tongue is English, I am paid by a French-language university to teach in French to students who are mainly Francophone. That means producing texts in French.

Je trouve important de faire ce que je peux pour la culture francophone qui m’a accueilli. Dans l’océan anglophone qui nous entourne il est important de contribuer à la diversité culturelle et linguistique, sans faire de la québécitude, y compris sa langue, un Disneyland francophone. Je me vois très « chanceux » qui peux vivre et travailler à Montréal. I feel it is only right to do what I can for the culture which has welcomed me. In the English-language ocean surrounding us here it is important to contribute to cultural and linguistic diversity without turning ‘Quebecness’, including its language, into a francophone theme park. I count myself very lucky to be living and working in Montreal.
Depuis mon arrivé à l’Université de Montréal, je rédige, j’améliore et j’actualise, en français, tous les textes qui touchent directement à l’enseignement. Je continuerai avec ce travail jusqu’à ce que tous les matériaux destinés à mes étudiants francophones soient présentés en bon français! Since arriving at the Université de Montréal I’ve been reworking, improving and updating, in French, all texts relating directly to my teaching. I will carry on this work until all relevant teaching materials have been formulated in decent French!

Top/Tête 3

What problems arise from having to
write in French?
L’impératif francophone, quels problèmes
cause-t-il?

It takes me about four times longer to write in French than in English and I often need to send my French texts off for correction. This means less time for other work.

Écrire en français, c’est quatre fois plus long pour moi que d’écrire en anglais. En plus, je suis souvent obligé de faire corriger mes textes en français. Ceci implique que j’ai moins de temps pour d’autre tâches.

I no longer have the time to rework or update the previous English versions of my online teaching materials whose recent improvements, I regret, are consequently inaccessible to those who don’t read French. Je n’ai plus le temps ni de rédiger ni d’actualiser les anciennes versions anglaises des textes d’enseignement. Je regrette que ces améliorations restent cachées aux non-francophones.

Everyday French in Québec (even more so in Acadia) seems to adapt without difficulty to the geo-linguistic realities of its global position without its basic elements of syntax or pronunciation suffering any noticeable damage. On the other hand, the official French we university teachers are expected to use professionally, carries the millstone of the French Academy round its neck. As one student remarked, when I was trying to explain why, when you want to denote harmony built on piles of thirds, you have to use the word tertial, not ‘triadic’, ‘but, monsieur, it’s not in the dictionary’, even though I pointed to a plethora of triads in quartal harmony. According to this mentality, you can’t reform inadequate terminology because the necessary concepts ‘don’t exist’!

Le français vernaculaire du Québec (encore plus de l’Acadie) s’adapte, apparément sans difficulté, à la réalité géo-linguistique de sa position mondiale, sans que sa substance de base (syntaxe, prononciation, etc.) soit menacée. Le français officiel, par contre, que nous devons, en tant que profs universitaires, pratiquer dans notre travail, me semble trainer le boulet de l’Académie Française. C’est le syndrome « mais, monsieur, ce n’est pas dans le dictionnaire! », reproche que m’a lancée un étudiant lorsque je tentais d‘expliquer pourquoi, si on veut dénoter les accords de tierces entassées, il faut parler de l’harmonie tertielle (tertial) plutôt que de « triadique » parce qu’il y a beaucoup de triades quartales aussi. Selon cette mentalité on n’a pas le droit de proposer une terminologie adéquate puisque le concept pertinent « n’existe pas » officiellement !

Another expression of these old problems of centralism in French culture is in the contradiction between the vocabulary of popular musicians and that of the conventional musicologist — ‘that flat two with the last eighth on hi-hat is a kick in the teeth’, as opposed to ‘that minor second, accompanied by cymbale charleston (official French for hi-hat!) articulating the final quaver of the measure, produces a striking effect’. (The differences are much more striking in French!) Ces vieux problèmes du centralisme culturel français (= parisien) s’expriment aussi, par exemple, dans la contradiction entre le vocabulaire du musicien populaire et celui du musicologue conventionnel — « le flat two avec le dernier huitième sur le hi-hat, ça fesse dans l’dash » contre « cette seconde mineure, accompagnée du cymbale charleston qui articule la dernière croche de la mesure, produit un effet éclatant » .
French doesn’t distinguish between mi (as in ‘do, re, mi’) and mi meaning the note E. So mi can be mi (in do or C major), or it can be B (in G or sol majeur) or even G sharp in mi (=E) majeur. It’s a mess! Il est impossible de distinguer, en français, entre « mi » dans le sens de la tierce majeure par rapport à n’importe quelle tonique (do, do dièse, ré bémol, ré, mi bémol, mi, fa, etc.) et « mi » en tant que ton absolu : E en anglais, par contre, ne peut être « mi » qu’en do majeur ou en do dièse mineur, tandis que G# (sol dièse) n’est « mi » que par rapport à E (mi).

Top of page/Tête de page

«Anglo-saxon» et «maudit anglais»?
Non, merci, estimé gallo-normand!

[on the absurdity of being Anglo-Saxon in the third millenium and on the ‘virtue’ of suffering at the hands of the damned English]

1. « Anglo-saxon »

Selon le site web de la Faculté de musique de l’Université de Montréal (le 9 octobre, 2005), je serais responsable d’un cours entitulé Histoire de la populaire anglo-saxonne! Cette erreur a un côté comique et un côté plus sinistre, dans le sens où de nombeux francophones, y compris des personnes autrement bien éduquées, confondent régulièrement anglo-saxon et anglophone. Cette insouciance conceptuelle, bien que souvent le résultat d’une ignorance partiellement excusable, recèle parfois des traces d’une xénophobie gallocentriste d’une stupidité comparable à l’anglocentrisme inexcusable que l’on rencontre trop souvent dans des milieux où on parle quelque variante de ma langue maternelle.

Petite histoire neécessaire. C'est en 1066 que les Normands français envahissent l'Angleterre, dont la plupart des habitants parlaient alors de différents dialectes germaniques que l’on regroupe aujourd’hui sous l’étiquette démographique et linguistique anglo-saxon ou Old English. Entre la conquête normande (1066) et, au plus tard, 1400, la langue de la classe dominante féodale (les franco-normands) se fait valoir de plus en plus auprès de la population majoritaire indigène jusqu’à ce qu’une nouvelle langue nationale s’établisse : l’anglais. Cette langue n’est ni anglo-saxonne ni franco-normande mais le résultat d’une acculturation des deux. En effet, les Canterbury Tales de Geoffrey Chaucer, mort aux alentours de 1400, sont censées d’être un des premiers exemples de la littérature anglaise. Cette langue a autant et aussi peu affaire à la langue de la saga de Beowulf (c. 900) qu'à la langue que parlait Guillaume le Conquérant en 1066.

Anglo-saxon dénote donc soit l’ensemble des langues parlées par la plupart des habitants de l’Angleterre entre 800 et 1300, soit la culture de cette même majorité de la population pendant cette même période. Il est par conséquent absurde de coller l’étiquette anglo-saxon aux anglophones et à leur culture en 1500, pour ne pas parler d’aujourd’hui. En effet, si personne n’utilise les termes gallo-normand, gallo-franc, franco-gaulois etc. pour dénoter les francophones et leur culture après le moyen-âge, pourquoi doit-on accepter l’utilisation absurde du terme anglo-saxon? Anglo-saxon qualifie tout simplement des phénomènes morts depuis plus que 600 ans. Mon cours s’appelle Histoire de la musique populaire anglophone.

De plus, anglo-saxon fut l'adjectif employé par les normands envahisseurs pour dénoter le peuple qui ne parlaient pas la langue du roi et du roi et des barons franco-normandes. C'était un terme plutôt dérogatoire désignant les petits gens indigènes que les « nobles » normands se sont donnés le droit divin de massacrer, d'opprimer et d'exploiter.

D’ailleurs, à part les Tagg, probablement originaires de l’Angeln dans ce qui est aujourd’hui l’Allemagne du nord, mes aïeux étaient surtout d’origine écossaise ou galloise (plus un peu de juif, d’irlandais et d’anglo-normand). Ici il faut se souvenir que les langues galloise et gaëlique écossaise emploient respectivement les mots saeson et sassenach (=saxon) pour signifier anglais. Étant donné tous ces faits simples historiques, culturelles, linguistiques et personnelles, comment voulez-vous que je sois anglo-saxon ou que la culture dans laquelle j'ai été élevée soit anglo-saxonne? Ayez, s'il vous plaît, la bonté de me reconnaître tel que je le suis et de reconnaître ma culture d’origine, voire mon ethnicité, telle qu’elle l’est en réaliité. Je suis anglais (de l'Angleterre) et citoyen britannique. Merci!

2. « Maudit anglais » ou « Tout l’monde et maudit/malhereux »

Les « maudits anglais » qui maudisent les maudits anglais

Hitler admirait beaucoup l’empire britannique. Dans Mein Kampf, il se demande comment une si petite nation aurait pu exercer autant de pouvoir au monde aussi longtemps. (La conduite des franco-normands y ont joué un rôle historique, c'est clair !) La conclusion du Führer fut que nous, les anglais, étions, comme les allemands (et les normands), une race supérieure. Bullshit total, évidemment, parce que les forces motrices de la déstruction et de l’oppression exercées au nom de la couronne, moins souvent du peuple, britanniques étaient la chasse aux profits insatiable des grands commerçants, l’avarice et l’arrogance qui résultent de l’accumulation des biens mal acquis, une société de classe extrême et une tonne d’autres facteurs pénibles et stupides qui reflètent plutôt l’infériorité que la supériorité des êtres-humains responsables. Je serais très surpris si « maudit anglais » (même s’il s’agissait d’un gallois ou d’un écossais), n’était pas une énoncé habituelle sur les lèvres de chaque individu exploité par les impérialistes britanniques.

Cependant, même si presque chaque africain, chaque indien, chaque aborigène, chaque amérindien, chaque acadien et chaque irlandais qui réussit survivre les injustices des impérialistes britanniques a dû certainement les maudire avec tout son coeur, ces non-britanniques n’étaient pas les seuls à avoir de quoi se plaindre. Au 18e siècle, chaque père anglais dont les enfants crevaient de faim et qui, afin de les nourrir pendant quelques jours, était obligé de braconner sur les terres du grand seigneur, a dû maudire l’avarice des riches de son pays. Si, appréhendé sur la propriété privée et reconnu coupable du braconnage, ce père fut séparé de sa famille et déporté, comme des centaines de milliers d’autres « maudits anglais », soit en Virginie, soit en Australie (où il avait à travailler en état d’esclavage pendant cinq ans, s'il survivait le voyage), il maudirait les responsables de son destin injuste avec la même vigueur qu’un acadien expulsé de chez lui en 1755. Les mêmes malédictions des mêmes « maudits anglais » ont été exprimés par des millions d’autres anglophones. Chaque homme, femme et enfant qui travaillaient dans les usines ou dans les mines britanniques au 19e siècle a maudit ses patrons inhumains. Chaque écossais anglophone chassé de son pays après la rebellion jacobite de 1745 a maudit, en anglais, les maudits anglais. Chaque petit soldat anglais qui, après la grande victoire à Waterloo (1815), devait soit trouver un moyen (lequel?) de traverser les océans (comment, s’il avait été blessé?), ou mourrir de faim, ou faire prositutuer ses filles, etc. a maudit ses officiers anglais, le gouvernement britannique, son patron anglais, le lord anglais de son village anglais, etc. Depuis ces temps-là, presque chaque membre de la classe ouvrière anglaise a maudit, en anglais et avec la même force, les mêmes malfaiteurs anglais que maudisaient les esclaves déportés de leur pays ou les irlandais qui voyaient mourir leurs enfants pendant la Grande Famine (1846).

Bref, étant donné que la majorité des anglais et des anglophones ont souffert aux mains des mêmes malfaiteurs qui ont maltraité des non-anglais et des non-anglophones, il faut spécifier aux quels anglais on fait allusion en utilisant l’adjectif maudit si l’on veut sérieusement se débarrasser cet ennemi. Maudire ceux qui maudisent le même mal que l’on maudit soi-même équivaut à se maudire soi-même!

Reflections personnelles d’un « maudit anglais » sur les « maudits anglais »

De la même façon que mes amis progressistes allemands, tous nés bien après la mort de Hitler, en ont marre des non-allemands (souvent des anglophones) qui se croient amusants lorsqu'ils imitent l’accent allemand des comédiens dans les rôles des Nazis dans des films de guerre anglophones, je peux franchement me passer d’être associé aux stéréotypes anglophobes répandus aux États-Unis, en France et au Québec. Puis que ce texte s’adresse aux francophones, je remettrai à une autre occasion des reflexions sur les stéréotypes dickensiens et woodhousiens de Hollywood, ainsi que sur les accents «britanniques» non-existants de Dick van Dyke dans Mary Poppins ou du type criminel « anglais » chez Les Simpson, pour ne pas parler de l’intellectuel pervers et intriguant qui emploie des mots compliqués (Lion King, par exemple).

Une expression bizarre de la notion des « maudits anglais » se fait entendre parfois en France où j’ai dû écouter des personnes bien eduquées se plaindre du fait que toute la déstruction au sud de La Manche pendant la guerre de cent ans (1337-1453), y compris l’exécution de Jeanne d’Arc, est la faute des « maudits anglais ». Il est vrai que les archers d’Agincourt (1415) n’étaient pas d’origine franco-normande, mais les causes de la guerre et les raisons pour sa longévité ne se trouvent pas dans des conflits entre les «petits anglais» et les «petits français». Non, la plupart d’historiens de cette période expliquent la guerre de cent ans en termes de conflits de pouvoir et de territoire (Guyenne-et-Gascogne, etc.) entre la famille royale franco-normade en Angleterre et celle de ce qui deviendra la France, c’est-à-dire entre deux familles d’origine francophone. Bien que ces faits n’excusent pas du tout les crimes de l’empire britannique au 18e et au 19e siècles, il serait aussi très peu logique d’extrapoler des crimes du 19e siècle une culpabilité rétroactive de 500 ans!

L’anglophobie prend d’autres formes chez certains québécois qui ont vraiment du mal à s’imaginer que les «anglais» aient connu l'oppression aux mains des francophones. Ces québécois sont surpris de d’entendre que l’oppression, pendant deux ou trois siècles à partir de 1066, des gens d’origine anglo-saxonne par les barons franco-normands, a été telle que la langue anglaise distingue toujours entre la viande, bien préparée et bien présentée avec un verre de bon vin pour les seigneurs franco-normands — pork (porc), beef (boeuf), mutton (mouton) — et l’animal malodoreux qu’élevaient les petits paysans anglo-saxons dans des champs froids et boueux — pig (porc), ox (boeuf), sheep (mouton). OK, étant donné la date récente de l’autonomie relative du Québec et la lutte que les québécois ont dû mener afin d’établir, par exemple, la langue française comme langue officielle de leur territoire, la surprise de certains d’entre eux face aux «nouvelles» de l’oppression franco-normande en Angleterre il y a 700 ans ne me surprend pas: je ne me sers d’ailleurs de cette période de l’histoire anglaise que pour minimaliser la possibilité d’une prise de position quasi-ontologique vis à vis le mal inhérent de quelque peuple que ce soit. Par contre, je trouve nettement plus inquiétant le fait que cette même minorité des québécois que j’ai rencontrés se permettent de ressentir une grande indignation justifiée envers le traitement des Patriotes en 1837, tandis qu’ils me semblent ignorants des autres rebellions qui ont eu lieu, aussi en 1837, au Canada anglophone. Ces rebellions anglophones, aussi écrasées avec une violence sévère par les forces de la couronne britannique, ne provoquent aucune indignation. De plus, je ressens une tristesse considérable quand les descendants moraux des rebels ontariens, les canadiens anglophones progressistes de nos jours, sont considérés en bloc avec les montréalais anglophones des couches supérieures d’autrefois qui n’ont jamais respecté la majorité linguistique du Québec et dont la paresse ou l’arrogance les a empêchés de s’adapter aux réalités linguistique et démographique de ce territoire. Leur stupidité les a même empêché de comprendre et de saisir les avantages du bilinguïsme.

Habitants d’une île francophone au milieu d’un océan anglophone, la plupart des québécois que je connais personnellement se profitent sagement de cette situation, bien que l’on en ait au même temps un peu peur. On apprend bien l’anglais, on le prononce bien et, en général, on le lit aussi sans difficulté. Quelle différence par rapport à la plupart de mes étudiants français (de France) qui ont souvent des difficultés de pronociation sérieuses et qui n’ont lu pratiquement rien en anglais! (Voir Conseils de prononciation pour les «français de France»). Je ne comprends pas comment on se débrouille dans le monde universitaire sans de bonnes connaissances en anglais. C'est comme si on croyait pouvoir se passer du latin comme savant au moyen âge.

«Oui», m’a dit une fois un jeune québécois, « mais si on avait eu la même attitude que les français envers l’anglais, les choses auraient été mieux pour nous ». C’est hereusement rare que l’on voit poindre cette obstination monolingue inversée qui semble propager comme vertu l’ignorance de la langue anglaise, outil indispensable dans l’éducation supérieure, dans les recherches, dans les contacts internationaux, etc. À quoi bon se tirer cette balle dans le pied ou, plus exactement, la tête? D’ailleurs, le gallois, comment cette petite langue-là peut-elle se trouver en aussi bonne santé?


Quelques conseils de prononciation pour les «français de France» Top of page/Tête de page

Cher français, chère française!

Bienvenu[e] aux cours de Philip Tagg à la Faculté de musique à l’Université de Montréal. Puisque l’étude de la musique populaire comporte l’emploi fréquent de noms propres et de termes anglais, je vous offre ici quelques conseils afin de vous épargner la gêne que quelques-un[e]s de vos compatriotes ont ressenti en réalisant qu’ils/elles ne maîtrisent pas aussi bien que ses collègues québécois la prononciation anglaise. N’ayez pas peur! Je trouve tout-à-fait légitime de garder l’accent de sa langue maternelle lorsque l’on parle une langue étrangère. C’est avec très peu d’effort que l’on peut garder sans honte son accent « étranger » et à la fois minimiser les risques de ne pas se faire comprendre. Il s’agit aussi du respect aux règles générales de prononciation de la langue en question.

Même un anglophone de formation modeste sait qu’il faut dire ballay (avec un accent anglais, bien sûr!) quand il lit ballet, bien que mallet se prononce mallitte et que ballet « doive » se pronocer ballitte selon les règles de sa langue. Il sait même dire rondayvoo lorsqu’il voit rendezvous (« doit » être Rennes d’aise va-ouze selon l’orthographe anglaise). Bref, il sait, de son point de vue, que les français ont l’étrange habitude de ne pas prononcer la plupart de leurs consonnes finaux, que le E devant un N devient presque un O que l’on envoie par le nez au lieu de par la bouche, que les deux voyelles OU font OO, pas OW, etc. Il serait donc gentil de lui rendre un respect réciproque lorsque vous prononcez des mots dans sa langue. Prière de lire Ballet in the Boudoir Bidet.

Voici quatre conseils simples

1. En anglais on ne nasalise aucune voyelle et on prononce presque toujours le consonne final (bien que la combinaison finale voyelle plus R fonctionne différemment). Man se prononce mann[e], Ten tenn[e], Tin tinn[e], Non nonn[e], etc. Ne nasalisez jamais -an -en -in -on -un. Ce n’est pas autant la nasalisation qui cause des problèmes de compréhension que le changement de voyelle émise par le nez français. En français, le A dans an et le E dans en ressemble à un O anglais, tandis que le I dans vin ressemble à un A anglais. Il faut toujours retenir les valeurs non-nasalisées des voyelles.

2. Si vous avez du mal à prononcer le TH voisé (the, there, this, that), ne le remplacez jamais par Z. Faites comme non seulement les allemands, les scandinaves, les hollandais, mais aussi comme les liverpudliens et les dublinois qui ont la même tendance : remplacez-le par un D aspiré. De la même manière, c’est plus compréhensible si vous remplacez le TH non-voisé (think, thanks, theatre) par un T aspiré.
P.S. Si vous maudites la langue anglaise à cause du TH, il faut aussi maudire l’
islandais, l’español européen, le gallois, le gaëlique et le grec (pour ne pas parler de dialectes comme le bolognais en Italie).

3. Si vous avez du mal à prononcer le H initial anglais (ou allemand, scandinave, finlandais, tchèque, etc.), vous pouvez vous en passer sans causer de grandes difficultés de compréhension, comme le font les Cockneys londiniens, par example. Surtout, n’essayez pas d’ajouter un H au début d’un mot qui commence par une voyelle.

4. ER final ne se prononce jamais ère/air/ert. Essayez plutôt quelque chose qui ressemble à une version abrégée du E ou du EU dans le mot neveu.

Quelques exemples de prononciation incompréhensible cueuillis au cours des cours

Anglais écrit
Prononciation gallocentriste, tel que l’anglophone l’entend
Prononciation britannique un plus «correcte» en orthographe française
Asian dub
Azzy on Doob
Ait jeune DAB
The Band
Ze Bond
De banne de
bass player
Bass (la bière) play air
Baie s’ plaïeux
drum 'n' bass
D’room on Bass (bière)
Draps me n’ baissent
drumkit
D’room Keat
Draps m’ quittent
Janis Joplin
Zha niece zho plan
D’jà nîd ce d’joppe linne
Liverpool
Leave air pool
Lit veut poule
Los Angeles
Loss on Zhel-ehz
L'os âne d’j’ai Lise
Manchester
Monsch est air
M’âne t’chez ce t’eux
Frank Zappa and the Mothers of Invention
Fronk za Pah onzer
mazz airs oh van von see on
Franne qu’za peu Anne de
ma deux eaux vinne venne cheune

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